Mouvement 

Chrétien des 

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Rassemblement inter-secteurs : 

Sartrouville - St Germain en Laye

Sujet : Regard juif sur le Notre Père

par Philippe Haddad rabbin à Paris

Mr Philippe Haddad est membre de l’Union Libérale Israélite de France (ULIF) et Rabbin de la Synagogue de la rue Copernic à Paris

Près de 70 personnes ont assistées à cette conférence de Mr le rabbin Philippe Haddad à Saint-Thibault sur le « Notre Père » , cette prière enseignée par Jésus, a été revisitée sur le plan historique et religieux, dans le contexte de l’époque. Chaque verset a été étudié en partant de ce qui a du être à l’origine une tradition orale en araméen (la langue du peuple) ou en hébreux (la langue principale des textes bibliques).

Enregistrement de la conférence

Un regard juif sur le Notre Père

Rabbin Philippe Haddad

Rencontre Inter secteur du 21 mai 2019

St Thibault du Pecq

Comment un juif entendrait cette prière et l’intégrerait dans la Foi d’Israël? Le message de Jésus est-il audible pour un juif? Jésus a dit «Je suis venu pour les brebis perdues d’Israël». La première des paraboles de Miséricorde en Luc 15, d’ailleurs, est celle de la brebis perdue. Les juifs peuvent donc entendre ce message


Introduction 

A l’époque de Jésus, la Judée est un territoire de rencontres culturelles. On y parle surtout l’araméen, l’hébreu étant réservé aux textes de la Torah, Psaumes et Prophètes. Le grec est la langue culturelle alors qu’on est sous la domination des Romains…

Les prophètes prêchent une conversion c’est-à-dire un Retour vers Dieu. Dieu est un Dieu qui parle, qui questionne sa créature: «Où est ton frère?» On peut donc se «justifier» devant Dieu. Il instaure un dialogue de liberté. Il nous demande «Où en es-tu?» «Où en es-tu de ton humanité de ta fraternité individuellement et collectivement?».

Les livres ont été écrits respectivement dans cet ordre: Bible, Evangiles, Traditions orales juives rédigées après les Evangiles vers 200 ou 220 bien que la tradition orale ait commencé bien avant. Jésus était bien un juif et dans les évangiles on en trouve de nombreux signes. Il y a donc des points de convergence entre les deux religions, d’ailleurs Jésus veut dire «délivrer».


Le Notre Père 

Il a été écrit au subjonctif en français mais en hébreu ou en araméen ce temps n’existe pas. Il y a ce qui est fait et ce qui est à faire. Le présent n’existe pas car c’est le point de contact entre le passé et le futur. Le Notre Père devrait être écrit plutôt au futur.

Jésus a rassemblé en une seule prière tous les termes «essentiels» des prières juives. Le début du N-P ressemble au kaddish mais la suite est puisée dans divers textes. Prier pour un juif c’est comme respirer. La prière accompagne tous les actes de la vie. Elle s’exprime par des mots et des attitudes plus que par la méditation. Jésus nous invite à ingérer, mâcher, digérer les mots.


Père: celui qui est à l’origine de toute chose. C’est le premier mot du dictionnaire hébraïque. Jésus exprime sa relation au Père en disant «Mon» Père. Nous sommes donc des fils, des enfants. En hébreu, c’est le même mot pour dire «bâtisseur». tout ce qui est dans le Père va vers l’extérieur, vers les fils et filles. Dieu est à la fois Père et Mère. II est «utérus», «matrice», lieu de la miséricorde.

Fraternité: le mot juif vient d’une racine qui signifie «coudre, raccommoder». Permet de trouver sa place par rapport à l’autre. Adam est androgyne tant que Dieu n’a pas séparé le féminin de son côté. Le Midrash interprète la Torah, mais Jésus va jusqu’au bout de ce qu’il dit. C’est l’exigence de l’amour.

Les cieux: lieu inatteignable de la fraternité comprise selon Jésus. Le mot hébreu «chamayim» (cieux) vient de 2 racines: le feu et les eaux. C’est l’harmonie des contraires, le modèle de la fraternité.

Le Nom: le NOM est un élément-clé de la foi des Hébreux. Dieu révèle à Moïse son Nom: «Je serai qui Je serai». Dieu EST source de toute vie. Ce n’est pas l’homme qui le nomme. Jésus ne prononce jamais le tétragramme. 

Sanctifié: l’homme doit reconnaître que Dieu est à l’origine de toute vie.

Le royaume: Jésus a un Père qui est Roi, donc nous sommes princes et princesses! c’est l’affirmation que cela se réalisera sur toute la terre. Si le Nom renvoie à l’origine, le règne renvoie à la finalité: la fraternité accomplie. 

La volonté: vision d’une humanité entièrement fraternelle.

Pain: nous sommes d’abord des appétits d’être, des «mangeurs». c’est pourquoi nous demandons d’abord du pain, pour se préserver soi-même et avoir une descendance et aussi pour dire MERCI après avoir mangé. Pour les hébreux c’est la preuve que l’homme est bien créé par Dieu. le pain est DON de Dieu, et c’est un don qu’il faut partager. «lehem» = pain, mais «lohem» = guerrier. C’est ce que devient l’homme quand il prend plus de pain qu’il ne lui en faut = guerre!

Pardon: il nous faut prendre conscience que c’est Dieu qui est acteur dans cette prière: pas de religion sans éthique. «korban» (l’offrande en Hébreu) = s’approcher. Pour s’approcher de Dieu il faut s’approcher de celui qui a quelque chose contre toi et faire ton offrande après.

Préservation du mal: Dieu ne nous tente jamais, mais Il nous éprouve. L’épreuve fait grandir alors que la tentation (envoyée par Satan) veut faire tomber.

En conclusion

Trois manières d’être au monde:

- Reconnaître que tout vient de Dieu

- Prier pour cela

- Demander de pouvoir pardonner.